Il existe depuis quelques semaines auprès de mes collègues une véritable frénésie entourant la mijoteuse, causée en grande partie par le dernier opus de Ricardo, qui porte exclusivement sur le sujet. J’en veux d’ailleurs pour preuve la véritable déclaration d’amour de ma collègue Marie-Hélène au nouveau prince de la mijoteuse après avoir essayé sa recette de gâteau au fromage.
Depuis mon bureau à cloisons, j’observe le phénomène et refuse de céder si facilement à la tendance. Car, comme bien d’autres, j’ai moi aussi une mijoteuse. Et comme bien d’autres, je m’en suis servie de façon compulsive dans les premiers mois. Puis, constatant que le boeuf strogonoff goûtait comme la goulash de la semaine précédente, qui elle, goûtait la carbonade flamande du mois dernier, j’ai déchanté et, comme bien d’autres, j’ai remisé la dite chose au fond d’une armoire.
L’assertion de Ricardo à l’égard de la mijoteuse est puissante : de la lasagne à la crème brulée. Ce à quoi je répond : oui, mais à quel prix? Ou plutôt : à quel goût?
Je salue l’innovation de l’homme et de son équipe, et reconnais le côté pratique de la mijoteuse. Mais je suis contre son utilisation abusive comme peut le suggérer le livre. Certes, il est possible de cuire une lasagne dans une mijoteuse. Mais je refuse de croire qu’elle soit meilleure qu’une lasagne doucement mitonnée un dimanche après-midi. Une lasagne trop cuite ou un mijoté insipide sont-ils davantage justifiables du fait qu’on les mange un soir de semaine?
Il existe des dizaines de soupers express qu’on peut cuisiner, du frigo à l’assiette, en moins de 20 minutes, soit le temps nécessaire à la préparation d’une recette de mijoteuse. Des escalopes de veau prennent à peine 4 minutes à cuire dans une poêle chaude. Des filets de saumon au four? Pas plus de 10 minutes. Des spaghetti carbonara? Le temps de faire bouillir l’eau et cuire les pâtes, préparation incluse. La vraie question : est-il essentiel de manger de la lasagne un mardi soir?
Je dis Oui à la mijoteuse, mais avec discernement. À moins de vouloir faire jaser ses invités (ce qui, à mon avis, constitue une raison tout à fait valable), il n’y a aucune valeur ajoutée à faire un gâteau au fromage dans une mijoteuse. À ceux qui applaudissent le résultat moelleux de la version mijoteuse, je réponds qu’on peut facilement faire cuire un gâteau au fromage dans un bain-marie au four. Et à ceux qui prétendent maximiser l’utilisation de leur four lors d’un repas complexe, je réponds que le gâteau au fromage doit refroidir plusieurs heures (sinon la nuit) au frigo. En le faisant cuire la veille, vous évitez tout engorgement de votre four, sans avoir à utiliser une mijoteuse.
Je dis Oui à la mijoteuse, dans la mesure où le résultat est au moins aussi bon que la version traditionnelle. Pour moi, une lasagne n’aura jamais sa place dans une mijoteuse.
Je dis : transformons les faiblesses de la mijoteuse en avantages. On dit que la mijoteuse donne des résultats insipides et qui goûtent l’eau en raison de la condensation? Utilisons-là pour cuire à la vapeur!

J’ai pour vous la recette parfaite pour la mijoteuse. Un dessert typiquement anglais, le sticky toffee pudding. Il n’existe pas de nom français, mais on pourrait le traduire par gâteau moelleux aux dattes et au caramel. La plupart des recettes de sticky toffee pudding qu’on trouve sur Internet demandent une cuisson au four, mais mes recherches m’ont appris que la façon traditionnelle de le cuire est à la vapeur, dans une marmite sur le rond d’une cuisinière. Une méthode relativement complexe qui donne le goût de privilégier la cuisson au four, même si le résultat est plus sec.
Le sticky toffee pudding à la mijoteuse, c’est le meilleur des deux mondes : une cuisson traditionnelle à la vapeur et la facilité de la mijoteuse. Le gâteau cuit dans un bol en pyrex qu’on place dans la mijoteuse, dans laquelle on aura versé de l’eau bouillante. On l’oublie sur le comptoir et on découvre, trois heures plus tard, un dessert tout chaud, prêt à manger. Car contrairement au gâteau au fromage, le sticky toffee pudding se mange chaud…
Et comme si ce n’était pas assez, la recette que je vous propose est celle qui est servie pour la reine à Buckingham Palace. En publiant il y quelques années un recueil des meilleures recettes royales, Darren McGrady, ancien chef exécutif de la reine, est devenu de facto un autre de mes gourous culinaires. J’ai d’ailleurs publié sur ce blogue quelques autres de ses recettes, notamment, le gâteau de noces du Prince William et les scones de la reine.
Je dis Oui à une utilisation éclairée de la mijoteuse. Et surtout, je dis Oui au sticky toffee pudding!
J’aimerais toujours et sans borne Ricardo, mijoteuse ou pas. Pour ce qui est de la lasagne un mardi : pour satisfaire les enfants et répondre à tous leurs besoins primaire un soir de semaine, c’est un plat gagnant, bien plus que des escalopes de veau ou le traditionnel spaghetti. Ceci dit, je pense qu’il est impossible de juger une recette sans l’avoir essayer. Je te mets au défi d’essayer, au minimum, les gâteaux au fromage de Ricardo. Et je te promets d’essayer ton pudding qui, si je comprends bien, est le genre de recette qu’on pourrait tout aussi bien cuire dans un pyrex au bain-marie dans le four, non?
Excellent texte. Je vais essayer le toffee for sure mais je planifie tout de même me procurer le truc de Ricardo pour voir ce que son équipe a à proposer :^)