Ma belle-mère Patricia cuisine bien. Très bien même. Elle et moi ne cuisinons pas le même genre de choses, mais je dois avouer qu’elle a quelques recettes que je qualifie « de compétition ».
Ses galettes aux carottes, par exemple, ont connu une intense vague de popularité auprès de mes collègues il y a quelques temps.
Mais je crois que s’il y avait une recette pour camper le style culinaire de Patricia, ce serait son sucre à la crème. La première fois que j’y ai goûté, j’étais convaincue qu’elle y avait ajouté de la drogue pour créer une dépendance.

Je lui ai demandé la recette et j’ai constaté qu’il n’y avait aucune substance illégale. Un point positif, me dis-je. À l’instar de plusieurs recettes traditionnelles, sa recette contenait peu d’explications et n’utilisait pas le thermomètre à bonbon. La seule indication était celle-ci : brasser continuellement pendant les 40 minutes de cuisson…
J’avais déjà fait du sucre à la crème, avec succès, à plusieurs reprises auparavant. Je connaissais les secrets du sucre à la crème de Ricardo. La confiance était donc à son maximum.
Cependant, il était hors de question d’être l’esclave d’un sucre à la crème pendant 40 minutes. J’ai donc fait fi des instructions.
Flop.
Je me suis dit que je n’avais pas dû le laisse cuire assez longtemps. J’ai réessayé, toujours sans brasser, mais en utilisant le thermomètre.
Flop.
J’ai réesssayé… en brassant, à contrecoeur.
Flop.
Se pouvait-il que la recette aille à l’encontre de principes fondamentaux de chimie alimentaire? Pour en avoir le coeur net, j’ai demandé à ma belle-mère Patricia de faire la recette avec moi. J’ai compris ce jour-là ce que le mot asservissement signifiait réellement…
Il faut évidemment remuer sans arrêt pendant les 40 minutes de cuisson, puis laisser refroidir quelques minutes, puis, battre à la mixette au moins 30 autres minutes!
J’ai réussi. Mais au prix d’un interminable processus.
Je refusais de laisser un sucre à la crème, aussi délicieux soit-il, me prendre en otage dans ma propre cuisine pendant près de 2 heures! C’est pour cette raison que j’ai décidé d’investiguer. Il existait certainement, me dis-je, une façon d’optimiser les façons de faire.
J’ai trouvé.
Le problème en était un de molécules (on y revient toujours!). Malgré son nom, la recette de sucre à la crème de ma belle-mère n’utilise pas de crème, mais un mélange de lait évaporé et de beurre. Proportionnellement, les quantités de ces deux ingrédients différaient de celles d’une recette traditionnelle à base de crème.
C’est donc au terme d’une exhaustive analyse des valeurs nutritionelles et de plusieurs dizaines de règles de 3 que j’ai découvert qu’en diminuant légèrement la quantité de beurre, on retrouvait le précaire équilibre qui fait un sucre à la crème à la fois parfait et facile à réaliser.
J’ai parlé du fruit de mes recherches à Patricia, sceptique. Essaie-le, et donne m’en des nouvelles, me dit-elle.
J’ai essayé. Et ce fut un succès!
Texture parfaite, goût fantastique, effort minimum. La Sainte Trinité réunit dans 3 cm cube!
Voici donc la recette de ce sucre à la crème 2.0.
Souvent, les recettes traditionnelles possèdent un je-ne-sais-quoi qui les rend uniques. Mais parfois, elles ont juste besoin d’un petit coup de pouce de la science pour les transcender.
Belle-maman, la prise d’otage est maintenant terminée. Vous êtes libre désormais.
Je seconde, il est divin ce sucre à la crème
Quelle sera la prochaine recette de ma mère que tu passeras sous ta loupe ?? Tu commences a les connaitre pas mal, sucre à la crème, spirit (bon ok spare ribs…), cipaille, galettes aux carottes…. je suis sur qu’il en reste quelques unes que tu ne connais pas !!
C’est le meilleur sucre à la crème que j’ai mangé À VIE, merci! (ps : le sucre à la crème, ça voyage bien par courrier interne? perso, je crois que oui!)
T’es capotée… (dis-je amicalement)!
Oui, mais ça, tu le savais déjà…