À mon avis, les meilleures recettes sont celles écrites à la main sur un bout de papier, idéalement jauni avec les coins racornis. Si en plus le papier en question devait être agrémenté de quelques taches de nourriture, c’est encore mieux.
J’aime ces recettes puisqu’elles sont d’abord le fruit d’un partage entre deux personnes, mais souvent, aussi, le souvenir d’un agréable moment passé avec des proches.
L’histoire des recettes écrites à la main sur un bout de papier commence toujours de la même façon : vous goûtez ou on vous fait goûter à un plat préparé par – généralement – un être cher, vous appréciez tellement que vous lui demandez la recette et vous la griffonnez avec empressement sur le premier papier à portée de main.
À partir d’ici, les options sont multiples. Soit vous rangez précieusement votre nouvelle recette dans une boîte ou un carnet spécifiquement conçu à cet effet, soit, comme moi, vous pouvez la ranger n’importe où (croyez-moi, ça peut vraiment être n’importe où!) et vous tombez dessus par hasard alors que vous cherchiez autre chose (que vous aviez également rangé n’importe où).
Il arrive parfois aussi qu’une recette soit tellement simple que seule une liste d’ingrédients est nécessaire. Pourquoi s’embêter d’instructions?
Ce qui m’amène à vous parler d’un cas que j’ai vécu en fin de semaine dernière, celui d’une recette tellement simple, qu’elle ne nécessitait aucune instruction… mais également aucun titre! Qu’une liste d’ingrédients!
J’ai trouvé ce bijou dans le répertoire de recettes de ma mère, qui fait partie de la catégorie des personnes qui rangent leurs recettes copiées à la main au même endroit.
J’ai été attirée par cette recette immédiatement. Imaginez : aucun titre, aucune instruction. Voilà qui laissait cours à l’imagination. Bref, une recette comme je les aime!
La liste des ingrédients était somme toute classique (lait condensé sucré, chapelure graham, noix de coco), mais la poudre de Jello aux fraises, elle, était moins orthodoxe et tranchait avec le reste.
J’ai tout combiné et formé des bouchées. Pas besoin de grandes analyses pour comprendre que la recette date d’une autre époque. D’abord, le rose électrique de la mixture rappelle clairement la créativité alimentaire des années 60.

D’ailleurs, ces bouchées quasi radioactives ne sont certainement pas sans rappeler les horreurs culinaires des années 60, dont plusieurs seraient dignes des meilleurs films de science-fiction. D’ailleurs, je vous invite à vous rincer l’oeil et à saliver en consultant les recettes les plus bizarres ayant figuré dans le célèbre magasine Bon appétit. On en voit, littéralement, de toutes les couleurs!
Mais le plus important : que goûtent ces mignardises fluorescentes? Relativement bon, étonnamment. On perçoit un léger goût de chimique, mais selon moi, il s’agit d’un élément essentiel à l’authenticité de la recette.
Je dois cependant vous avertir : ne laissez aucun diabétique s’approcher de ces bouchées a moins de 2 mètres, car je suis certaine que les effluves de glucose se répandent jusqu’à cette distance. Sans blague, c’est sucré, mais comme les ingrédients industriels contiennent également une bonne part de sel (caché), on peut facilement engouffrer 4 de ces bouchées dans le temps de le dire, et c’est ça qui est dangereux.
Ma mère se souvenait avoir obtenu la recette de sa sœur, mais ne l’avait jamais refait elle-même. Elle se souvenait aussi du petit clou de girofle placé sur le dessus (qui ne figurait pas dans la recette originale). Celui-ci servait, se rappelle-t-elle, à figurer l’attache d’une boule de Noël, puisqu’il s’agissait assurément d’une gourmandise des Fêtes. Ah… la créativité des années 60!
Gênée d’avoir au départ noté une recette sans titre et sans instruction, elle s’enquit auprès de sa soeur pour plus de détails. Il s’agit finalement de Prunes au sucre, une recette que ma tante fait chaque année depuis près de 50 ans à l’approche des Fêtes.
Au téléphone, ma mère me transmet ces nouvelles informations. « As-tu finalement noté le titre de la recette sur le papier », lui demandai-je. Elle me répondit que non.
Visiblement, ma mère aime laisser planer un aura de mystère autour de ses recettes.










